Un jour je serai RRH

Un jour, je serai RRH… ou l'itinéraire d'une jeune RH pleine d'enthousiasme

 

Pourquoi je ne veux plus faire de recrutement

En règle général, que j’annonce que je travaille dans les RH, je constate la même réaction: « ah, tu fais du recrutement! ». Et bien non, je ne fais plus du recrutement. Et je ne m’en porte pas plus mal, je m’en porterais même plutôt mieux.

Non pas que je dénigre le métier du recrutement, c’est même par cette fonction que j’ai commencé dans les ressources humaines. Mais, de mon point de vue, le recrutement est un métier véritablement à part dans les RH, et c’est un métier que je ne veux plus exercer.

Le métier de recruteur peut s’effectuer dans deux types de structures: au sein de cabinets de recrutement/chasse de têtes/sourcing, ou directement en interne dans une entreprise.

  • Dans les cabinets

Le recruteur de cabinet, qui d’ailleurs préfère s’appeler « consultant », a souvent plusieurs casquettes: il doit d’abord trouver des clients (casquette commerciale) qui ont un besoin (recruter une personne qu’ils ne trouvent pas par leurs propres moyens), ensuite trouver des candidats (casquette sourcing), puis mener les entretiens (casquette recrutement), enfin tout faire pour que le candidat signe chez un client (casquette coaching).

Dans certains cabinets, ces différentes tâches peuvent être distribuées entre plusieurs personnes: en général, le sourcing est désolidarisé du reste (et, hélas, parfois confié à des stagiaires exploités…). Rarement, la prospection commerciale est confiée à des commerciaux proprement dits, tandis que le recruteur s’occupera du reste, du sourcing à la signature.

Quoi qu’il en soit, le client préfère toujours que l’intégralité de son dossier soit suivi par une seule et même personne, pour n’avoir qu’un seul point d’entrée et pour éviter la perte d’informations entre différents interlocuteurs.

Je suis RH, et je ne suis absolument pas commerciale. Je suis incapable d’adopter le discours « nous, nous sommes meilleurs que les autres » car je prône une toute autre attitude: pour moi, ce sont les actions et les résultats qui doivent témoigner du travail d’une personne, et non son discours. J’abhorre les entreprises (et pourtant, certaines sociétés dans lesquelles j’ai travaillé reposent sur ce précepte) où ce qui compte, c’est l’image qu’on renvoie, et pas forcément ce qu’on accomplit réellement. Ainsi, si je devais faire de la prospection commerciale, mon unique argument serait: testez nous, et vous verrez. Pas sûre que cela fonctionne. En plus de ce côté prospection, je ne suis jamais à l’aise avec l’idée de négocier des clauses et des tarifs… En bref, l’aspect commercial, très peu pour moi.

Le sourcing dans certains cabinets revêt une dimension quantitative qui me gêne. On cherche des candidats pour remplir une base de données qui, peut-être, un jour servira. Rare sont les cabinets qui effectue un réel suivi des candidats… Il est vrai que cela dépend surtout du consultant, plus que du cabinet. Mais quand on connaît le nombre de candidats que contiennent les bases de données des cabinets (plusieurs dizaines de milliers souvent, parfois plus), on ne peut que se rendre à cette évidence: il est impossible d’effectuer un réel suivi personnalisé et de qualité.

Les entretiens sont la partie intéressante, à mon sens, du métier, surtout si on a plusieurs clients et donc plusieurs opportunités à proposer aux candidats. Là, le consultant peut jouer un vrai rôle de conseil, doit faire preuve d’écoute, d’analyse, de recul… pour trouver le meilleur mariage possible entre les candidats et ses postes à pourvoir. Cette dimension me plairait, je l’admets.

Mais vient la suite. L’objectif et la raison d’être du consultant est de faire signer un candidat chez un client. Même s’il doit travestir un peu la réalité (l’expérience d’un candidat, les opportunités de carrière d’un client…). Même s’il doit coacher le candidat pour l’aider à rentrer dans toutes les cases d’un client. Sans oublier l’aspect pécuniaire, puisque plus le candidat est payé, plus la commission sera importante (les cabinets sont en général payés au pourcentage, et les consultants en pourcentage de chiffre d’affaires). Ce qui biaise la relation entre tous ces acteurs.

Non, vraiment, je ne suis pas faite pour ce métier.

  • En interne

Le recruteur est souvent considéré comme la cinquième roue du carrosse et comme un simple prestataire de service, plutôt qu’un « business partner » comme on dit en ce moment. On attend de lui des miracles, les mêmes que ceux demandés aux cabinets de recrutement mais avec le respect du prestataire en moins… alors qu’a priori, un service recrutement coûte moins cher qu’une externalisation dès lors que l’entreprise doit recruter un certain volume.

Les services recrutements doivent intervenir sur des profils très variés, du juridique au marketing, en passant par l’industrie et l’informatique, et je trouve cela très intéressant. Cependant, cette pluridisciplinarité est souvent critiquée par ceux qui pensent que, de ce fait, les recruteurs ne connaissent rien aux métiers pour lesquels ils recrutent et ne sont donc pas légitimes. Leur avis n’est donc que très peu pris en compte.

En outre, les difficultés du métier, notamment en ce qui concerne le sourcing (ce n’est pas si facile de trouver les bons candidats pour les postes) sont peu connus, et si un recrutement échoue, la responsabilité incombera toujours au recruteur, alors que, par exemple, les exigences utopiques des opérationnels sont rarement remises en question (vouloir des personnes très qualifiées mais sous payées par exemple, ou des compétences rares à trouver en quelques jours, etc.).

L’aspect commercial du métier de recruteur de cabinet se retrouve, dans une moindre mesure mais tout de même, dans le métier du recrutement en interne. Il s’agit de convaincre le candidat de rejoindre notre société et non la concurrence. Pour ce faire, les plus commerciaux feront déballage de tous les avantages possibles… et imaginés, sur-vendront et n’hésiteront pas à dénigrer le concurrent. J’en suis incapable: ma méthode, c’est la transparence et la vérité. J’ai toujours été d’avis que si un candidat nous rejoignait, il fallait que ce soit pour les bonnes raisons et pas contraints et forcés. Le résultat: un très faible taux de rupture de période d’essai, une fidélité plus grande à l’entreprise et un sentiment de reconnaissance vis-à-vis d’un recruteur scrupuleux. Mais également un nombre inférieur de candidats recrutés. Hélas, cela, c’est raisonner en RH, pas en recruteur: on attend du recruteur avant toute chose du volume, voir plus loin n’est pas forcément ce qu’on veut de lui. J’ai déjà entendu: « tu es recruteurs, tu t’occupes de recruteur, ce qui se passe après n’est pas ton problème ». Quand je recrutais, je le faisais en RH, en projetant la personne dans l’entreprise, en faisant en sorte de travailler pour l’image de la société et pour la pérennisation des recrutements. Ce n’est pas cela qu’on attend des recruteurs, et c’est pour ça qu’à l’instant t, les résultats d’un recruteur orienté RH seront moindres que ceux d’un recruteur orienté commercial, efficacité, volume.

Enfin, le métier de recruteur, qui paraît si facile (« tu passes du temps à discuter avec des gens en fait ») est souvent confié à des jeunes diplômés, voire à des stagiaires, qu’on omet de former, qu’on jette dans le grand bain en les payant le moins possible et en attendant de voir ce qui se passe. La majorité s’en sort, mais après quelques mois d’errance qui font beaucoup de mal à la profession… En outre, c’est un métier très féminin, et, hélas, une certaine misogynie, en particulier dans quelques métiers, fait que cela n’aide pas à redorer le blason de la profession: tu es une femme et tu essaies de recruter un métier fortement masculin, ça va être dur, pas parce que tu n’es pas compétente, mais parce que tu risques d’être mal reçue, avec beaucoup d’a priori.

Pour toutes ces raisons (manque de fibre commerciale, qualité sacrifiée sur l’autel de la quantité, peu de marge de manœuvre, image trop négative des recruteurs, etc.), je ne souhaite plus faire de recrutement. Et pourtant, je suis RH… je fais autre chose: de la formation, du suivi de carrière, de la paie, de la communication interne, etc. Et j’en suis heureuse.

Dans : Humeur
Par AZS
Le 11 décembre 2013
A 12 h 32 min
Commentaires :1
 

1 Commentaire

  1.  
    Mathilde
    Mathilde écrit:

    Bonjour,
    Votre article m’intéresse beaucoup. Je commence ma carrière dans les ressources humaines et je fais du recrutement. J’ai envie d’évoluer vers d’autres postes par la suite. J’aimerai pouvoir échanger sur votre expérience.

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